"Depuis ton diagnostic j'ai peur pour toi"

Beaucoup de proches ont peur qu'avec l'obtention de mon diagnostic je ne fasse plus "d'efforts", que je me morfonde dans mon pauvre statut de personne handicapée, qu'en rencontrant d'autre personnes autistes, on se tire mutuellement vers le bas, que l'on se maintienne tous ensemble dans la dépression, que cela crée une espèce de syndrome de secte négative auto-flagellatrice.

Je sais que cet avis naïf et dramatique de leur part vient d'un manque immense de connaissance de plusieurs sujets : celui de l'autisme et moi-même.

I . Concernant les "efforts" que je devais faire, mon manque de "stabilité" ou "de me bouger le cul" ou de me "forcer un petit peu" je répondrais que c'est ne pas me connaitre.

J'ai passé ma vie à faire des efforts pour survive dans un monde que je ne comprenais pas, à rechercher la stabilité dans ma vie en suivant la norme, à me bouger le cul pour trouver un travail et avoir une vie sociale "épanouie" comme le veut la norme et ma vie pourrait avoir pour définition, épitaphe me forcer un petit peu beaucoup trop.

J'ai souffert mais j'ai essayé tant bien que mal de le cacher, j'ai fait de la dépression morbide avec nombreux passages à l'acte, pas quand j'ai eu mon diagnostic, mais tout le long de ma vie où vous m'avez tous répéter que j'étais comme ça, comme ci, car vous saviez toujours mieux que moi qui j'étais et ce que j'étais censée faire ou devenir.

Vous avez interprété ma personne, ma vie, mes actes avec une malsaine omniscience. Je ne faisais jamais assez bien, assez vite, assez assez.

II . Je ne me connaissais pas, je ne savais pas qui j'étais, je savais juste que vous saviez mieux que moi, que vous viviez mieux que moi et que je me devais de vous écouter et vous suivre, même si cela me faisait un mal de chien, je serrais les dents et je continuais.

Fatigue extrême, incompréhension, je me sentais tarée, monstrueuse, une erreur de la nature, c'était obligé car plus je faisais d'efforts plus vous me disiez que c'était n'importe quoi, que je faisais tout de travers, que j'étais instable, que je cherchais pas à faire d'effort.

Vos erreurs devaient être acceptés car dans la marge d'erreur sociétalement admise, mais les miennes étaient trop excentriques pour ne pas être volontaires et impardonnables.

Donc on m'a abandonné pour certains, on m'a collé une étiquette d'excentrique pseudo-rebelle adulescente immature pour d'autres, on m'a collé l'étiquette d'attention whore pour les suivants.

Bref, tout le monde savait mieux que moi ce que je ressentais, ce que je pensais, ce que mon inconscient cherchait, ce que je devais faire, ce que j'étais.

Vous aviez tous tort.

Tous.



III. Maintenant que je suis enfin sur le chemin du bien-être, que je me retrouve petit à petit, que je m’épanouis, que je m'ouvre beaucoup plus sereinement, que je me respecte, que je me stabilise, que je ressens l'envie de vivre, que je trouve ma place dans le monde, que j'entrevois un avenir possible, que je retrouve la santé, vous venez me dire que vous avez peur que je souffre, que je m'enferme, que je fasse pas d'effort ?

  1. Je fais les efforts qui méritent d'être faits, qui me respectent et donc vous respectent.
  2. Je suis la seule experte de moi-même, je suis donc la seule apte à savoir ce que je ressens et ce que je veux.
  3. Je suis la seule apte à me définir, en m'écoutant, en suivant mes valeurs et mes morales mais aussi en analysant les éléments pertinents et bienveillants que vous m'offrez de ce que vous percevez en ma compagnie.
  4. Personne ne devrait avoir à se forcer au delà de ses limites vitales, je choisi de me forcer pour ce qui me semble nécessaire et important, pas parce que vous pensez que c'est ce que je devrais faire.
  5. Je suis la seule maitresse de ma vie et de ma santé, j'ai passé ma vie à survivre seule car personne ne comprenait ou ne réceptionnait mes véritables appels au secours, pas ceux que vous interprétiez comme tels, je sais donc quand j'ai besoin d'aide et quand je n'en ai pas besoin.

Tout ça, c'est mon diagnostic qui me l'a permis, qui me l'a offert, pas comme une étiquette fataliste, mais comme les bonnes clefs de lecture de mes difficultés comme de mes compétences, les clefs pour mieux vivre avec moi-même.

IV. Si vous vous souciez sincèrement et véritablement de ma personne, mon bien-être, mon avenir :

  1. Vous seriez capable d'aller au delà des conseils ou reproches généralement admis que vous assenez à tout un chacun sans distinction, sans réflexion, juste parce que c'est conforme à la norme sociale.
  2. Vous seriez capable de faire l'effort d'écouter, de vous informer et d'accepter que vous n'êtes pas expert de toute l'espèce humaine, que l'on est tous unique dans chaque spectre neurologique auquel nous appartenons.
  3. Vous seriez capable de recevoir les informations sur le sujet de l'autisme non comme une tare mais comme une spécificité ouvrant les possibles et faisant partie intégrante de pourquoi et de qui je suis, non pas pour les rejeter en bloc comme une nouvelle lubie, excuse misérabiliste mais comme un nouvel élément de connaissance de l'autre qui renforcera nos liens, notre relation.

4. Vous seriez capable de vous y intéresser pour toute ces raisons, comme l'on s'intéresse à ce qui rend unique les personnes que l'on aime mais surtout à vous y intéresser comme moi-même j'ai passé ma vie à m'intéresser :

  • à vous,
  • à ce qui vous rend unique,
  • à ce qui fait que je vous aime,
  • que je ne vous considère pas et ne vous parle pas comme à un autre,
  • que je vous respecte,
  • que je ne vous oublierai jamais peu importe le temps qui passe, les blessures qui se créent, les erreurs faites, les choix posés.

Car oui, peut-être que cela vous échappe, peut-être que cela n'est pas évident, mais j'ai passé ma vie à faire des efforts pour vous comprendre alors que je n'avais pas les clefs pour ça, j'ai passé ma vie à faire l'effort de penser à vous, à vous aimer et à être au maximum répondante à vos demandes, même au bord de LA RUPTURE. J'ai été maladroite, naïve, décevante, mais pas par ma propre volonté, et jamais pour vous faire souffrir. Je suis toujours inquiète pour vous, mais j'accepte que vous changiez ou non. Car vous êtes les seuls experts de vous même.

Merci donc de ne plus me regarder de loin avec un regard en coin suspicieux et traumatisé avec des attitudes paternalistes ou supérieure, parce que je parle de la plus grande découverte de ma vie sur moi-même, c'est à dire mon appartenance au spectre autistique.

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